cigarette-and-coffee-milk

Mercredi 8 février 2012 à 13:06

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Une vie faites de bouts de ficelle, des morceaux d’existence, dans l’espoir que le patchwork en fasse une vraie vie, une vie avec un cœur qui bat. Pourquoi je ne sens pas mon cœur battre.

Je suis restée toute la nuit avec lui, une nuit de confidences et d’étreintes, j’aurai pu ronronner tellement j’étais bien, pendant un moment j’ai cru être amoureuse, et puis je me suis rhabillée.
Ma vie, usée par le vent, un peu râpeuse, sous les doigts d’avoir trop servie.
Le répertoire plein de numéros que je n’ose pas appeler. J’aime croire que c’est moi qui ai le pouvoir, que je laisse sur les âmes une marque indélébile, une cicatrice qui n’en finit pas de brûler, mais je ne laisse qu’une griffure qui s’estompe avec l’aube. Je ne suis pas une fille qu’on a envie de revoir. Je ne suis pas une fille à laquelle on pense pendant qu’on l’étreint.
Les hommes sont comme des épines, je saigne et puis j’oublie. Certains essaient de me mettre à nu avec des mots, on se demande bien ce qu’ils espèrent trouver entre mes os, moi j’aurai peur d’y trouver des organes putréfiés, des chairs à l’agonie, des veines nécrosées, moi j’oserai jamais forcer quelqu’un à ôter son masque.
Comment on fait pour lâcher prise, comment on fait pour ne plus pourrir, comment on fait pour se sentir en vie ?
J’ai perdu le mode d’emploi, je n’ai même plus mal, mes pensées et mes angoisses s’écrasent à mes pieds comme des vagues, leur tapage n’est qu’un lointain murmure, je ne pense plus, je me laisse bercer par l’inconsistance du quotidien, je suis sédatée. Même baiser, ça semble compliqué. J’ose pas rappeler.
J’avais encore envie d’aimer, mais les embryons de mes romances tombent à mes pieds, c’est un charnier. Alors je couds un nouveau lambeau à ma vie effilochée.

Mercredi 8 février 2012 à 12:54

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Elle avait finit par prendre sa décision (acculée par la langueur, trahie par son corps dégoûté), ou plutôt, pour mettre en application sa décision, sa volonté de partir était établie depuis longtemps.
Pour Aurélien, ça avait été facile. Il suffisait de ne pas répondre à ses messages épisodiques. De toute façon, c’était fini depuis longtemps, c’est juste qu’ils faisaient semblants.
Pour son Prince, elle aurait voulu organiser la rupture, pour le préparer en douceur, attendre le bon moment… Il n’y a jamais de bons moments. Elle avait aimé suffisamment de fois pour ne pas avoir l’impression de laisser un morceau d’elle-même en le quittant, peut-être qu’à force d’aimer elle était devenue frileuse, avare d’elle-même, peut-être qu’elle attendait cet instant depuis suffisamment longtemps pour avoir ramassé tous les morceaux qu’elle avait semé dans le cœur de son partenaire. Mais finalement, les mots lui échappèrent. Ils sortaient les uns après les autres, précipités, compacts. C’était pourtant une soirée comme les autres, ils étaient chez lui, attablés, ils parlaient de leur journée, de leurs travaux de recherche, des imbéciles qu’ils avaient croisés, et soudain elle dit, elle s’entendit dire « je veux rompre ». Il lui lança un regard un peu peiné et résigné, ils échangèrent quelques paroles creuses pour combler le vide qui venait de s’engouffrer dans leurs vies, elle répondit aux inévitables questions avec un peu de vérité, un peu de silence et un peu de mensonge, elle tentait de laisser derrière elle une plaie propre, nette, facile à cicatriser et la vérité importe peu dans ces cas-là, et ils se dirent au revoir. C’était aussi simple que ça.
Enfin libre, elle rentra chez elle. Soulagée. Dès le lendemain, cette histoire lui semblait appartenir à un passé lointain.

Mercredi 8 février 2012 à 12:50

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Elle s’ennuyait. Et comme tous les gens qui s’ennuient, elle rêvait de s’envoyer en l’air. Oublier qu’elle était censée être lisse et polie et plaquer les deux hommes qui rongeaient sa vie par texto, par soupirs, par post-its sur le frigo. Pas de drames, pas de larmes. Elle se disait qu’elle devrait disparaitre, réapparaitre à des lieues de là, lourde de ses histoires qu’elle pourrait conter le soir à des amis de passage, comme une histoire inventée, elle pourrait être une barde des temps modernes. Elle pourrait même tout avouer à son Prince, son officiel, l’ex-homme de sa vie, laisser en évidence une preuve compromettante de sa double vie, de sa trahison, pour lui laisser la satisfaction de la confondre. Et puis elle se dit qu’il serait capable de lui pardonner, de la supplier ou d’exiger, ce n’était pas la peine.
Et quelle double vie, en effet. C’était plutôt une demi-vie, une vie sous assistance respiratoire, une vie qui n’en finit pas d’agoniser.
Elle ne voyait presque plus Aurélien, elle redoutait leurs rendez-vous et pourtant elle guettait ses coups de fils, ses rares attentions, car penser qu’il était sous sa coupe était trop confortable pour qu’elle renonce facilement à cette idée. Leurs étreintes étaient brèves, expédiées, décevantes.
Quant à son officiel, elle frissonnait de dégoût quand il la touchait (non, ce n’était pas du dégoût, juste une lassitude physique, une saturation de l’épiderme qui brulait de se tordre sous d’autres mains), mais elle le laissait faire, elle voulait avoir la paix. Avec lui, elle ne se sentait plus vivante.
Alors elle fuyait, elle allait dans l’appartement de l’officiel quand elle savait qu’il ne s’y trouvait pas, feuilletant ses livres, lovées sur le canapé, humant l’odeur familière et écœurante de son Pygmalion, elle partait en catimini avant son retour. Partir, ça elle savait faire. Mais elle n’avait pas encore le cran de partir pour de bon, sa vie sonnait creux mais elle était douillette.

Mercredi 11 janvier 2012 à 16:24

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Avant de me prendre un procès pour diffamation, mauvaise publicité, atteinte à l’image et autres dénominations juridiques pour pourrir quelqu’un qui vous a déjà pourri, je préfère écrire tout de suite une chronique évoquant cinq bonnes raisons de s’inscrire sur un site de rencontres (parce que si on voulait éviter tous les boulets, on ne sortirait plus de chez soi, la confrontation est quotidienne dans le monde social), pour vous mesdames (par simple souci d’accord des pronoms, mais c’est sans doute réversible).
-          Préserver sa santé. En effet, dans le monde réel, pour rencontrer des gens et souscrire à des offres sentimentales (voire purement physiques) avec ou sans engagement (l’emploi du pluriel n’est pas anodin), il faut sortir (souvent), boire (pas mal), se forcer à rire (bêtement) et rentrer (tard) parfois seule. Autrement dit, vieillir de dix ans par semaine. Les sites de rencontres ont l’avantage d’être à porté de clic à n’importe quel moment de la journée. Bien sûr, en cumulé, ça vous prendra autant de temps que si vous aviez dansé sur les tables dans un bar quelconque une ou deux fois par semaine et il y a des chances que ce soit moins amusant, rien que pour sélectionner les heureux élus parmi les moult prétendants qui ne manqueront pas de se bousculer à votre porte virtuelle (avantage des boulets : ils sont pénibles, mais ils sont bons pour l’ego), mais au moins vous pouvez vous coucher de bonne heure et vous réveiller sans gueule de bois. Un plaisir rare.

 
-          Une concentration supérieure à la moyenne de gens intelligents. Vous connaissez sûrement ce sentiment de désespoir : en dehors des étudiants en master et en doctorat en sciences humaines (pardon, pas de pub), la conversation des hommes n’est souvent pas très profonde. Je ne dis pas qu’on s’ennuie nécessairement avec eux, on peut beaucoup s’amuser dans une conversation des plus banales (surtout s’il s’agit de critiquer des connaissances ou des inconnus), mais parfois, on aspire à plus, on voudrait échanger des points de vue, apprendre des choses… bizarrement, on en rencontre rarement en boite de nuit (enfin, c’est peut-être qu’on ne prend pas la peine de les faire parler). Bref, les sites de rencontre sont là pour vous, vous pouvez opérer une sélection totalement élitiste et snob : bloquez les mecs qui font trop de fautes d’orthographe ou qui croient que le langage SMS a été agréé par l’Académie française, ignorez ceux qui écrivent des mails de moins de cinq lignes ou qui vous font parler de leurs vacances, exigez un compte-rendu de ses lectures récentes en préalable à tout rendez-vous (en plus avec un peu de chance ça vous fera un sujet de conversation) et éconduisez-les s’ils ne se souviennent pas.

 
-          La négociation de la relation. Mettre une option sur une offre en soirée, c’est compliqué. Si vous avez de la chance, l’offre s’approchera de vous de sa propre initiative et le verre qu’il  vous offrira et son œil lubrique définiront clairement le programme de la soirée. Ça, c’est ce qui se passe dans le monde des Bisounours des séries/films états-uniens. En temps normal, vous ne savez pas forcément si l’homme vous aborde/rejoint le groupe de conversation où vous évoluez ou accepte de discuter avec vous parce que c’est quelqu’un de sociable qui aime rencontrer de nouvelles personnes ou parce qu’il a déjà déshabillé mentalement toutes les filles de la salle et que, définitivement, vous avez le meilleur ratio baisable/potentiellement consentante. Donc vous risquez de rentrer seule et (plus grave) sans numéro à appeler. En général, les mecs, même en soirée, ont la décence de discuter un peu avec vous avant de fourrer leurs langue dans votre bouche, surtout dans une soirée où il connait des gens et à plus forte raison où il est connu (c’est-à-dire des genre qui risquent de se moquer de lui jusqu’à le fin de ses jours si la chasse n’est pas dans les mœurs de leurs soirées) et où on ne sait pas forcément quand c’est le bon moment de passer à l’assaut (ni si assaut est possible). Ces obstacles franchis, vous l’invitez à prendre un dernier verre, il propose de vous raccompagner, voire un des deux a lancé le très explicite « on va chez moi ? », bref, vous savez ce que vous attendez l’un de l’autre à court terme. Le problème se pose à nouveau le lendemain matin. Ne pas prendre le numéro de la personne, c’est un peu rude, surtout si ça ne s’est pas trop mal passé (je parle de la conversation, bien sûr). Surtout que si on a mis le grappin sur un homme qui soit à la fois célibataire, pas trop mal physiquement et pas trop crétin, on n’a pas envie de le laisser filer. Mais pas forcément facile de deviner les attentes de chacun (coup d’un soir, coup de plusieurs soirs, amitié câline, relation hétéro-normée impliquant fidélité et affection mutuelle ?), et aborder le sujet, c’est quand même assez inconfortable, on a toujours l’espoir que les actes parlerons d’eux-mêmes et que la définition de la relation d’imposera. D’où incompréhensions, mises au point sanglantes, drames, cœurs brisés… Bref, la vie est dure. Avec les sites de rencontres, vous avez déjà une segmentation de la demande. On ne cherche pas la même chose suivant le site sur lequel on est inscrit. Ensuite, si vous êtes un être humain intelligent, vous devriez avoir la présence d’esprit de préciser un peu ce que vous cherchez comme relation, au moins à mots couverts (même si en pratique la majorité des gens cherchent « une relation sérieuse » pour éviter de passer pour un connard/une salope. Clichés quand tu nous tiens…). Enfin, si vous avez une vraie conversation avant la rencontre (voire une vraie conversation pendant la rencontre), la question devrait être abordée à un moment ou l’autre, et ce sera l’occasion d’échanger des opinions assez oiseuses sur les relations amoureuses et la nature de l’amour, youpi. En tous cas, on sait pourquoi on est là : potentiellement s’envoyer en l’air, et plus si affinités. Au pire, il y en a qui sont suffisamment explicites pour éviter tout malentendu : on se retrouve chez l’un des deux, on grogne, on besogne, on se fait des massages (non, je plaisante, ça c’est la phrase codée pour « on grogne et on besogne »), on se dit au revoir et on se rappelle si ça a bien collé. Après tout, on est au XXIème siècle.

 
-          Vous faire inviter. Bizarrement, la plupart des hommes sur les sites de rencontre déclarent que « en direct, c’est mieux, quand même » et il y en a un certain nombre qui vous proposent un rendez-vous après deux échanges de banalités. Comme on les comprend, ils veulent vérifier la marchandise (même si officiellement c’est que « en face, c’est quand même plus sympa », et « on ne sait jamais vraiment si ça va coller avant de se rencontrer » et bien sûr « on risque de se faire une fausse idée de la personne si on attend trop »). Je vous dis ça pour que vous soyez méfiantes. Toujours vérifier le nombre de messages et le contenu avant d’accepter un rendez-vous. Même si ça fait plusieurs jours que vous vous parlez, si vous n’avez parlé que de la pluie et du beau temps par mail, il n’est pas impossible que vous vous rendiez compte en direct que vous n’avez rien en commun. Croyez-moi, c’est très gênant. Si jamais vous êtes faible comme je le suis et que vous êtes trop polie (ou prise au dépourvu) pour refuser, même si vous vous rendez compte dans les cinq premières minutes que c’est une énorme erreur de casting (c’est marrant, sur les photos il faisait 5 ans de moins), que vous n’avez rien en commun, que vous ne venez pas de la même planète, que la conversation ne démarre pas, qu’elle retombe en crachotant après un ping-pong verbal de questions sans intérêt, que vous être trop bien élevée pour prendre la fuite mais que vous ne savez pas comment vous en défaire, bref, que vous vous ennuyez comme un rat mort, réjouissez-vous ! Vous êtes en train de boire à l’œil ! Car les mecs des sites de rencontre invitent (c’est très étrange, on est pourtant en post-mai 68, non ?), contrairement à la plupart des hommes de soirées (soit parce que c’est dans un espace privé et donc que le verre ne s’achète pas, il se vide ; soit parce qu’ils n’ont pas le cran/l’opportunité d’offrir un verre dans un bar ou en boite). Prenez-en un deuxième (rapidement, car rappelez-vous que le consommer retarde le moment où vous carapater manière acceptable socialement), en plus ça vous donnera peut-être des idées de sujet de conversations.

 
-          Un sujet de conversation tout trouvé. Dans les soirées, après que vous ayez fait le tour du prénom (que vous avez déjà oublié), de l’occupation courante (étudiant, travail, sans emploi) et de la raison pour laquelle vous avez atterri à la soirée (qui vous a amené, comment vous l’avez connu), c’est parfois difficile de rebondir là-dessus. Grâce au site de rencontres, vous avez au moins un point commun : votre fréquentation du site de rencontres. Sujet bouée de sauvetage, à aborder quand vous n’avez pas atteint la durée minimale de fréquentation mutuelle avant de remercier, vous lever et supprimer ce contact de votre répertoire, en dernier recours donc, car c’est assez glauque. On commence par les classiques, en général il l’abordera de lui-même au début de la conversation : « alors je suis le combien ? ». Une espèce d’obsession du numéro, comme si ça changeait vraiment quelque chose. Il vous demandera comment ça s’est passé, continuité logique, comme si on pouvait résumer 15 expériences différentes en une phrase. Normalement, il devrait y avoir eu du bon et du moins bon, alors faites une moue dubitative, jonglez un peu des épaules, surtout ne grillez pas vos cartouches. N’approfondissez pas le sujet, ne lui retournez pas la question. Plus tard, après un blanc de plusieurs longues secondes et votre premier échange de sourires gênés, vous saurez que c’est le moment de lui demandez « et toi alors, beaucoup de rencontres ? ». Normalement, si on n’a pas peur du sang et des tripes, c’est inépuisable. Plans galères, rencontres bizarres, boulets notoires, profils risibles ou même très bonne rencontre, personne exceptionnelle… c’est assez coûteux émotionnellement, aborder ce sujet, c’est un aveu d’échec et une mise au jour de l’hypocrisie sous-jacente de ce genre de sites : on sait que c’est l’usine, on sait que l’autre rencontre d’autres candidats, d’autres numéros,  on sait qu’on passe un casting sentimental mais tous ces numéros ont l’ambition de devenir l’unique, le seul qui compte. Et même dans les cas d’offres sans engagement, le spectre de la relation socialement acceptable basée sur la fidélité fait qu’il est finalement assez impudique et indélicat d’évoquer les autres offres souscrites, même si cela ne constitue pas une forme de trahison, même s’il n’y a pas de jalousie. Bref, même en cas de conversation profondément foireuse, vous pouvez sauver les meubles. D’un autre côté, en soirée, vous pouvez capitaliser sur le fait que vous n’êtes pas tenu de prolonger le face-à-face, voleter vers une autre conversation voire appeler un ami à la rescousse pour mettre de la distance entre l’alien auquel vous n’avez rien à dire et vous. Mais bon, il me fallait une 5ème raison.
Bref, les sites de rencontres sont un excellent moyen d’amorcer son entré dans le marché de l’offre et de la demande sentimentale et sexuelle, si on n’est pas super sociable et dépravé. C’est vrai que vous serez harcelées par des boulets ou des gens qui vous sont tellement étrangers que vous ne saurez pas de quoi parler. Mais bon, avec beaucoup de chance, vous tomberez sur quelqu’un de suffisamment mignon pour ne pas avoir à discuter.

Dimanche 8 janvier 2012 à 17:11

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On n’a pas vraiment d’idée de l’étendue des formes que peut prendre la nature humaine tant qu’on ne s’est pas inscrit sur un site de rencontres. Attention, on rencontre des gens très bien, parfois, sur les sites de rencontres. Mais il y a aussi un phénomène de sélection qui fait qu’il y a une forte concentration de boulets. Peut-être qu’ils se sentent autorisés à se lâcher parce qu’ils sont sur Internet, peut-être qu’ils n’osent plus sortir de chez eux et que c’est la raison pour laquelle on ne les rencontre jamais ailleurs… en tous cas, on s’amuse beaucoup.

C’est mignon comme tout, les mecs inscrits sur les sites de rencontre se ressemblent généralement sur trois points. Tout d’abord, ce sont tous des aventuriers, ils adorent les voyages et ils leur semblent inimaginable que quelqu’un ne puisse pas apprécier passer du temps loin de chez lui. Pourtant, tout le monde sait que c’est fatigant et que ça use les semelles. Mais bon, les goûts et les couleurs… Ensuite, ils sont tous à la recherche d’une relation sérieuse. C’est dingue, on ne se connait même pas et direct le type il te met la pression, il se voit déjà marié avec des enfants avant même que vous vous soyez dit bonjour. Dieu merci, ils ne sont pas très à cheval sur leurs principes, ils n’hésitent pas à contacter des filles proclamant explicitement ne pas être prêtes à « se caser ». Enfin, ils cherchent tous une fille « fidèle, drôle, sincère, honnête », bref, la princesse charmante. Par opposition à tous les mecs qui cherchent une fille sinistre voire dépressive, moche, mythomane et manipulatrice. J’aime beaucoup le fait que la fidélité soit la première chose mise en avant, comme si une fille n’avait aucun intérêt à part si elle accepte de s’assujettir à un homme exclusivement. Après bon, si elle est intelligente, avec qui on peut discuter pendant des heures, passionnée, compatible avec soi au pieu, bon, c’est un bonus, appréciable mais pas vital. Et après ce sont les femmes qui sont conditionnées par leur représentation du prince charmant.

Moins courant, mais néanmoins répandu, les mecs qui se plaignent sur leur profil que les filles ne lisent pas les profils et que la plupart des filles basent leur choix sur les photos. Oui parce que les types qui me contactent alors qu’on a visiblement rien en commun et qui me balancent un mail copier-coller le font parce que ma description est fascinante. De toute façon, les femmes sont tellement superficielles.


Ca, c’était pour les mecs interchangeables de base. Mais personnellement, j’ai un faible pour les cas cliniques.

Tout d’abord, il y a les hommes qui contactent des filles qui ont la moitié de leur âge, pour ne pas dire qui ont l’âge d’être leur fille. Ils ont dû lire « gérontophile » quelque part sur leurs profils. Bien sûr, ça pourrait s’expliquer si on cherchait des relations d’amitié sur les sites de rencontres. Mais ne nous voilons pas la face, personne n’est là pour ça. Et puis bon, si c’était juste des hommes dans le déni qui pensent simplement avoir réellement une chance avec une (beaucoup plus) jeune fille, ce serait juste pathétique… Dieu merci, ils mettent en place des stratégies très élaborées pour les séduire. Mon coup de cœur perso : un type de 55 ans (d'après photo, plutôt 65) dont la première question est « pourquoi : Mes accessoires = déguisements, talons hauts ? Bisous » et qui enchaine sur « veux-tu être ma dominatrice ? ». Il propose trois fois son adresse msn en dépit des refus (et finit par la donner quand même, les femmes sont tellement versatiles, elle pourrait changer d’avis), et il connait trois adjectifs (jolie, sincère, sympa) qu’il accole à demoiselle à la fin de chacune de ses phrases (exemples : bonjour jolie sincère demoiselle, veux-tu mon msn, jolie sympa demaiselle ?, ...). Il demande « veux-tu être mon amie ? » comme en maternelle (définition d’amie pour lui : « une fille qui est sincere sympa qui écoute l'autre qui aime rigoler dont on a du respect pour elle qui est sa confidente qu'on couvre de cadeaux car elle aime bien ». Une femme entretenue, si j’en crois le dernier élément. Bizarrement, il a oublié de dire jolie, mais c'est sans doute politiquement incorrect.). Et surtout, il n’a pas peur d’envoyer des messages, encore et encore, malgré l’absence de réponses.

Remarque, il n’est pas le seul. Il y a aussi des boulets qui posent des questions, sans visiblement lire les réponses, ils ne les commentent pas, ils n’y répondent pas eux-mêmes, ils ne demandent pas à leur interlocutrice d’approfondir ses réponses. Ils continuent à poser des questions, à la chaine, comme s'ils énuméraient celles d'un questionnaire INSEE. La personne ne prend plus la peine de répondre aux précédentes ? Pas de problème, ils en posent d’autres, dans l’espoir de relancer une conversation sous assistance respiratoire. D’ailleurs, ce n’est pas de la conversation, c’est un dialogue de sourds. Comme ceux qui tentent de relancer une conversation par une avalanche de « cc » et autres « salut, ça va ? » saccadés, malgré un silence obstiné de leur désormais ex-interlocutrice. Comme si le « cc » n’était le coup de grâce salutaire pour couper court à tout échange (car il prouve 1/ qu’aux yeux du locuteur, vous ne valez pas la peine qu’on s’use les doigts à vous écrire un mot en entier et encore moins qu’on vous pose une question 2/ que vous n’avez tellement rien à vous dire que vous n’avez que le degré zéro de la banalité à partager).

Il y a aussi ceux qui ont un super conseiller en com’, qui leur a dit « les compliments, ça marche toujours », et qui t’abordent d’un très rassurant « en tous cas tu es superbe… Si on s arrêtait au physique je te prendrais pour femme » ou « tu as viré une de tes photos ? dommage, tu étais très sexy dessus. Tu n'aimes pas plaire ? C'est vrai que je ne t'ai jamais vue en vrai mais les photos laissent rêveur quand même, surtout celle-là... En tous cas pour moi tu es à croquer, et pas que sur cette photo... » ou qui engagent la conversation (exclusivement) par « tu es belle » ou « le bleu de tes yeux est splendide ! ». Et sinon, ma personnalité, … ?

Evidemment, il y a les inévitables illettrés, mais ce serait excusable si au moins ils faisaient des phrases cohérentes. Bizarrement, ça vient généralement par wagons : non seulement ils vous abime les yeux par des fautes énormes voire carrément par un refus d’anarchiste engagé des moyens conventionnels de la communication, mais en plus ils ont souvent une conversation plate et creuse, basée sur des questions bateau et des échanges sur les programmes respectifs de chacun pour la soirée/la semaine/les vacances, et de surcroît, il leur arrive de pousser le vice jusqu’à dire des choses qui n’ont tout simplement aucun sens. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi devant ça : « je crois que le fait de vous contacter parmi toutes ces femmes n est pas négligeable je sais pas ce que vous voulez me faire dire ou ce que vous voulez vraiment savoir ni ou vous voulez en venir avec moi .... je vous ai bien dis ce que je vouais de vous dans un premier temps [NDLR : non, pas du tout] dans la mesure du possible après je sais pas si toutes ses questions vous servirons [NDLR : quelles questions ? Vous voyez un point d’interrogation, vous ?] car a travers les écris je sais pas ce qu'on peu savoir concrètement », je suis perplexe.

Il y a les obsédés classiques, ceux qui te demandent tes préférences sexuelles après les formalités d’usage (quand on a de la chance), et qui insistent malgré le manque d’enthousiasme explicite de leur interlocutrice. Il y a aussi ceux qui sont visiblement en chien, qui envoient cinq textos dans une journée pour un rendez-vous prévu la semaine suivante, et qui ponctuent chacun d’entre eux de phrases subtiles comme « tu imagines vraiment aller plus loin si feeling ? open aux relations ouvertes ? », « Tu aimes les massages ? », « tu vis seule au fait ? », … Avant de relancer le lendemain « Coucou. Je te laisse confirmer mardi et potentiellement mercredi ? Biz » puis le même jour, du fait d’une absence de réponse (liée à l’exaspération) « Coucou tu veux pas me dire ? tu veux plus ? ». Ou comment se priver de toute chance d’accéder à ce à quoi on aspire. Mais ça, ce sont de petits joueurs. Les vrais obsédés, ce sont ceux qui te demandent dès le premier message « Coucou sa te dit qu'on soi un couple libertin nous deux ? Et esque t'aime être soumise ? » (euh… bonjour ?) et après quelques messages courants d’air et atones « T'aimerai qu'on soi un couple libertin et échangiste ? Et sinon aime tu êtres soumise pars ce que je suis maître et j'aimerais que tu sois mon esclave .... Jatend ta réponse ». il attendra longtemps. Tout aussi charmant, le « Je veu couche avec toi :) », parfaitement inséré dans des banalités « salut, ça va ?, ... », suivi d’un « Ah bon mais nn vien me voir :) ». J’en meurs d’envie.

Dans le genre, mais nettement moins grave, il y a les types qui te veulent te voir, tu sais pas pourquoi, vous avez échangé trois mots, mais on dirait qu’ils ne peuvent pas vivre une seconde de plus si vous ne vous rencontrez pas. Vite. Ca peut être un simple « Fat et j'peux peut etre venir dans ce bar a coté de ton école te payer un verre la tout de suite t'en pense quoi ? o=) » après seulement deux messages creux. Il y a pire. Il y a le type qui fait du forcing pour avoir une place sur ton agenda. Bien sûr, vous avez à peine discuté, tu n’es pas sûre de savoir comment il s’appelle, et déjà il te demande « c’est quand qu’on se voit ? ». Polie, tu lui réponds « pas tout de suite, j’ai un planning assez chargé en ce moment. » Il insiste. Tu lui démontres que ton planning est réellement chargé par un inventaire à la Prévert « bin c’est simple, mardi je peux pas, mercredi je peux pas, jeudi j’ai un truc, vendredi je crois que je suis invitée à une soirée, samedi je suis prise et dimanche je vois ma famille ». Il insiste pour que tu le cases dans ton emploi du temps. A plusieurs reprises, refusant un rendez-vous lointain au profit d’un non-rendez-vous présent. Il n’a pas compris qu’il ne peut pas forcer une fille à se rendre à rendez-vous qui ne la branche pas ? Oui parce qu’à force de demander, l’idée même d’un rendez-vous donne à la fille des boutons. Quand on dit non, pas tout de suite, c’est « non », c’est pas « peut-être ».

A côté de ça, il y a les mecs juste bizarres, qui t’abordent d’un « Salut ^^ Dit moi, j'ai une question qui pourrai te paraître déroutante : Que préfère tu entre le rond et le carré ? Et surtout pourquoi ce choix ? Tu réponds comme tu l'entends, selon ton inspiration xD » et qui ne donnent jamais suite après qu’on ait pris sur soi pour répondre, ou encore d’un « 1, 2, 3 nous irons aux bois ». Rien de tel pour lancer une conversation. Comme les premiers messages qui ne disent rien : « Bonsoir. Tout d'abord merci d'avoir répondu à mon "charme"' et désolé de n'avoir pu t'envoyer de message plus tôt (pas mal occupé par un nouveau boulot mais je ne vais pas te barber avec ma vie ne t'inquiète pas :) Ça n'est jamais évident de trouver quoi dire lors du premier message mais bon, faut bien commencer par quelque chose, non ? Je ne vais pas te raconter ma vie (sauf si tu as envie de la connaître, :) après tout j'aime les personnes curieuses) ni commencer déjà à te poser des questions banales (voyages, japon, études, etc).
Quoiqu'il en soit, tu as une personnalité trés intéressante et je serais ravi de mieux te connaitre et de répondre aux questions que tu te poseras.
En espérant une réponse de ta part, je te souhaite une bonne soirée et éventuellement une bonne année si tu ne lis pas ce message d'ici là. :D ». Essayez un peu de rebondir là-dessus.

Le boss final, c’est le psychopathe, celui qui commence par te dire à propos de une photo en gothic lolita "ça donne comme qui dirait envie de violer des petites filles" (ça se passe de tout commentaire je crois), celui qui te dit que ton profil est "sympa" mais il n’en a visiblement pas lu une ligne puisqu'il te demande ce que tu fais comme études (« - c’est écrit sur mon profil. – désolé si j'ai pas lu ton profil en entier ^^’ – en même temps, c’est sur la première ligne. »), en apprenant la discipline qu’étudie son interlocutrice il se lance dans un violent réquisitoire expliquant que sa science (humaine), c’est le mal, ça permet aux gens de devenir très riches, puisqu’elle sert aux multinationales à manipuler les gens et à mettre en place de la propagande, et elle sert aussi aux gouvernements à perpétuer l’ordre existant alors qu’il ne sait visiblement absolument pas de quoi il parle. Lorsque son interlocutrice lui fait remarquer, il commence à l’insulter violemment, en la traitant de conne. Cerise sur le gâteau : elle le bloque, il tambourine virtuellement à sa porte, probablement dans l’espoir qu’elle lui permette à nouveau de lui parler. Mais bon, c'est pas comme si les filles étaient faites pour qu'on parle avec.
A ce propos, un petit faible pour le type qui t’explique que les filles préfèrent naturellement les poupées et les garçons les petites voitures, c’est quasi-génétique. Trois messages de plus et il t’expliquait comment on parvient à extraire les petites filles du ventre de leur mère en dépit du balai ou de l’aspirateur pour les plus modernes qu’elles ont à la main dès la conception.


Je critique les hommes, c’est vrai, mais pour autant que je sache, les filles ne sont pas en reste. On retiendra celle qui écrit sur son profil « mon ex, ce bâtard, m’a lâché parce que je suis enceinte, je cherche un père pour mon enfant ». Déjà, ça fout pas la pression. Il y a aussi les filles qui tentent de paraitre à leur avantage sur les photos : photos prises devant le miroir de la salle de bain, le flash cachant à moitié leur visage, bouche en cul de poule (le seul élément de leur visage visible sur la photo) et poitrine en avant. Ou celles qui font une description « je suis une fille, donc comme toutes les filles, je ne sors jamais sans maquillage, mon point G est à la fin du mot shopping et je passe la moitié de mon temps à manger et l’autre moitié à me plaindre de mon poids. ». Si vraiment toutes les filles étaient comme ça, on se demande pourquoi elles prennent la peine de le préciser, parce que ce ne serait pas hyper distinctif comme présentation.


Bref, on peut rencontrer des gens très bien sur Internet, des gens drôles, sympas, ayant de la conversation et des opinions réfléchies, mignons (non, quand même, j’exagère). Mais pas que.

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